Jean-Claude Di Ruocco

Jean-Claude Di Ruocco J'ai retrouvé soudain tous les mots perdus, au vent du quotidien, qui lentement me tue.

Poète, Écrivain, Chroniqueur littéraire

Jean-Claude Di Ruocco

Publié le 08/05/2008

Hommage à Antoine Ivars

Jean-Claude Di Ruocco

Hommage à Antoine Ivars
Président de l'Association L'Amphore
Bounjou coulégo
N° 64 - Mai 2008

Tu pensais que le paradis ne flotte pas, quelque part, entre le ciel et les espoirs souvent trahis de ceux qui prient, mais qu'au contraire, il incombait à chacun d’entre nous, par notre générosité, d’en placer, ne serait-ce qu’un copeau, dans le coeur de nos frères humains : les humbles qui ont peur du lendemain, les étrangers qui n'ont plus d'autre espoir que de vivre cachés, les ouvriers à qui l'on claque la porte au nez, les malades et les anciens qui regardent certains brader ce qu'ils ont si chèrement gagné. Malgré le parcours qui fut le tien, celui si difficile pour tous ceux qui, comme toi, ont connu la guerre et les batailles sociales les plus impitoyables, tu portais chaque jour cette joie de vivre communicative, toute entière tournée vers les autres.
Tes luttes, tes engagements, comme autant de coups de gueule, faisaient dans tes yeux étinceler les colères les plus noires, des élans de fraternité, mais surtout cette conviction indéfectible, qu’il nous faudra mener le combat contre l'indifférence, la misère, le racisme… que toujours, nous devrons nous montrer dignes de ce chant impossible à faire taire, celui si nécessaire des poètes qui ont mis au service des autres le talent qui coule de leurs doigts, comme le sang rouge qui teinte notre drapeau. Tu es à jamais des leurs, poète venu étancher notre soif de beauté.
Tu as appris avec humilité auprès de tes amis, dans les livres bien sûr, mais ce n'était que pour mieux exacerber ce talent, qui nous laissait souvent bouche bée, lorsque nous t'écoutions déclamer. Jamais tes phrases n'étaient désarmées, tes charges les plus violentes étaient comme des suppliques et lorsque tu parlais d'amour, rien ne pouvait troubler la beauté sereine dont tu abreuvais nos coeurs.Le plus important pour toi, je le sais, n’était pas ces applaudissements que nous te dédions, non… tu avais, avant toute chose, l’amour de cet art et tu transmettais ton savoir comme si celui qui le recevait te faisait le plus beau cadeau du monde, tant était grande ton humilité.
Si la liberté et la tolérance devaient avoir un visage, je le voudrais à ta ressemblance, plein de beauté et de courage. Si j’étais cité comme témoin, afin d'expliquer à nos contemporains les souffrances et les luttes des anciens, l’exemple que je donnerais, ce serait le tien. Si je devais lire l’oeuvre d’un homme pour défendre les enfants sacrifiés par notre société de profit maximum, Antoine, c'est la tienne que je choisirais. Et je ne dis pas ça parce que nous sommes amis, l’évidence va plus loin que cette amitié qui nous relie. Tu pensais que le paradis ne flotte pas quelque part entre terre et ciel, tu avais raison, mais pourtant il existe, je l'ai compris, c'est celui que tu as déposé dans le coeur de ceux que tu as croisés et qui, comme moi, garderont ce cadeau à jamais. Dors mon beau poète, que Martigues recueille nos larmes dans l'eau mouvante de ses canaux, nous sommes ses enfants… tout comme nous devenons les tiens, à présent que tu nous laisses ton exemple en héritage, que tu nous passes le flambeau de la fraternité… avec la tâche si passionnante de nous montrer digne de tout ce que tu nous a appris.

Jean-Claude Di Ruocco

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