Jean-Claude Di Ruocco

Jean-Claude Di Ruocco J'ai retrouvé soudain tous les mots perdus, au vent du quotidien, qui lentement me tue.

Poète, Écrivain, Chroniqueur littéraire

Jean-Claude Di Ruocco

Publié le 06/09/2016

Devrais-je fermer ma gueule ?

Jean-Claude Di Ruocco

Extrait de TERRITOIRE DES OMBRES
(Septembre 2018) 

  

Je parle ici pour les sans grades,

les oubliés, les intermittents du bonheur,

ceux qui n’espèrent plus rien, en rade,

réfugiés, précaires, chômeurs…

 

Bien sûr, je n’ai rien... rien que ces nuits

et un salaire dérisoire en forme d’injure.

je suis dans le rang où le capital m’a mis,

me méprise et me crache à la figure.

 

Mais, pour ne plus rester seul 

sur des sentiers sans issue,

devrais-je fermer ma gueule

et marcher avec les cocus ?

 

Ceux qui subissent jusqu’à la trique

et baissent le front bien bas,

persuadés que la république

s’occupera toujours de leur cas.

 

Devrais-je, résigné, jouer à l’idiot,

accepter jusqu’à la bassesse,

alors que les sociaux-libéraux

se disent de gauche et invoquent Jaurès ?

 

Me faudra-t-il aller au combat,

brandir le poing, d’avance sacrifié,

par le Medef et ses dévoués prélats

qui avancent leurs pions sur l’échiquier ?

 

Combien de temps me faudra-t-il encore

supporter l’arrogance bouffie,

de cette Droite matamore

qui ressasse la diatribe rance du mépris ?

 

Je suis lassé du parfum carnassier

de leurs discours hypocritement contrits,

qui dégage des relents de charnier

et une inquiétante couleur de Vichy.

 

Pour ne plus me bercer d’utopie

et retrouver un peu de dignité,

devrais-je dire non à ce Parti qui,

il y a peu, se parait d’humanité ?

 

Qui cache son étoile rouge, bafouée,

soucieux de ne pas froisser et de paraître,

derrière des alliances désespérées

mortes avant que de n’être ?

 

Devrais-je, à mon tour, devenir fou,

avoir la bêtise pour souveraine,

comme ces foules, autour de nous,

qui confondent révolte et haine ?

 

Me faudra-t-il, fatigué par le laminoir

de l’incurie politicienne,

ne plus voter et pisser sur l’histoire

de nos luttes les plus anciennes ?

 

Gardez vos phrases, votre clientélisme,

cette condescendance dérisoire,

vous n’avez d’autre héroïsme

que de vous coucher au pied du pouvoir.

 

Je ne vais plus rester seul

face à l’individualisme et les maux,

la délation est un linceul

qui empoisonne nos idéaux.

 

Je vais  reprendre l’écritoire,

vous avez trahi les hommes et l’amour.

Mes frères, que vous gardez sans espoir,

n’ont que faire de vos discours...

 

Août 2017 - Jean-Claude Di Ruocco

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