{"id":98160,"date":"2006-06-06T00:00:00","date_gmt":"2006-06-05T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/localhost:53809\/?p=98160"},"modified":"2006-06-06T00:00:00","modified_gmt":"2006-06-05T22:00:00","slug":"pierre-magnan-interview","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/jeanclaude-diruocco.fr\/?p=98160","title":{"rendered":"PIERRE MAGNAN &#8211; Interview"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong>RENCONTRE AVEC UN MONSTRE SACR&Eacute;<\/strong><strong><br \/> <strong><span><span>ART SUD N&deg; 54 &#8211;&nbsp;<\/span><\/span><\/strong><\/strong><span class=\"apple-style-span\"><span><span>3&egrave;me Trimestre 2006<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span><em>Rencontrer Pierre Magnan c&rsquo;est se confronter &agrave; un homme de la terre, visc&eacute;ralement attach&eacute; &agrave; ses Basses-Alpes, qui aujourd&rsquo;hui, nous parle de ces voix qui se sont tues, celle de Jean Giono bien s&ucirc;r ou d&rsquo;Andr&eacute; Gide, mais aussi de ce peuple humble, ses fr&egrave;res de labeur qui lui ont appris les secrets et les beaut&eacute;s de ce pays o&ugrave; son &oelig;uvre est &agrave; jamais enracin&eacute;e.<\/em><\/span><\/strong><strong><em><br \/> <strong>N&eacute; &agrave; Manosque en 1922, il quitte l&rsquo;&eacute;cole &agrave; douze ans et devient typographe. A vingt ans, r&eacute;fractaire au travail obligatoire, il se r&eacute;fugie dans un maquis de l&rsquo;Is&egrave;re. Bien que tr&egrave;s jeune il &eacute;tait tr&egrave;s proche de Jean Giono. En 1946, il publie L&rsquo;aube insolite et obtient un succ&egrave;s d&rsquo;estime. Jusqu&rsquo;&agrave; l&rsquo;&acirc;ge de cinquante-quatre ans il travaille dans une soci&eacute;t&eacute; frigorifique pour vivre. Licenci&eacute;, il se met &agrave; &eacute;crire des livres plus formidables les uns que les autres dont certains seront adapt&eacute;s au cin&eacute;ma et &agrave; la t&eacute;l&eacute;vision.&nbsp;<\/strong><br style=\"mso-special-character: line-break;\" \/> <br style=\"mso-special-character: line-break;\" \/> <\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>&#8211; On a toujours dit que vous avez une m&eacute;moire ph&eacute;nom&eacute;nale, mais faites-vous un v&eacute;ritable travail de documentation ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Jamais ! Parce que je me garde soigneusement d&rsquo;&eacute;crire sur les choses que je ne connais pas. Je ne parle que de ce que je connais bien, les Basses-Alpes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>&#8211; Comment s&rsquo;organise une journ&eacute;e de l&rsquo;&eacute;crivain Pierre Magnan ?&nbsp;<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Cela ne s&rsquo;organise pas du tout, je suis la d&eacute;sorganisation personnifi&eacute;.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>&#8211; Donc pas de moment de pr&eacute;dilection pour l&rsquo;&eacute;criture ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Je suis un instinctif, j&rsquo;&eacute;cris quand j&rsquo;en ai envie et surtout je prends mon temps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>&#8211; Dans quinze jours para&icirc;t votre nouveau livre &ldquo;Laure du bout du monde&ldquo;, pouvez-vous nous en dire plus ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Alors l&agrave;, quand m&ecirc;me je me suis astreint, &ccedil;a contredit ma r&eacute;ponse pr&eacute;c&eacute;dente, car ce bouquin je l&rsquo;ai &eacute;crit en deux mois. C&rsquo;est un exercice de style, en ce sens que c&rsquo;est une histoire vraie et je n&rsquo;ai jamais de ma vie, sauf mes biographies bien s&ucirc;r, &eacute;cris d&rsquo;histoires vraies, parce qu&rsquo;on ne peut pas donner libre cours &agrave; son imagination (il rit) notez bien, j&rsquo;en ai invent&eacute; la moiti&eacute; !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>&#8211; Une histoire vraie &agrave; moiti&eacute; invent&eacute;e ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Ben oui&hellip; une histoire vrai &agrave; moiti&eacute; invent&eacute;e, parce qu&rsquo;avec le vrai je ne me sens pas bien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>&#8211; Dans tous vos livres, m&ecirc;me ceux qui sont qualifi&eacute;s de polars, la part autobiographique est vraiment importante.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; En grande partie oui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>&#8211; Vous avez &eacute;parpillez tout au long de vos romans des &eacute;l&eacute;ments de votre propre histoire. Peut-on dire que chaque livre est une des pi&egrave;ces d&rsquo;un immense puzzle dont l&rsquo;image finale se trouve dans votre biographie ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; M&ecirc;me ma biographie, c&rsquo;est la quintessence du pays. Je suis n&eacute; &agrave; Manosque, &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur de la Provence c&rsquo;est pour cela que je n&rsquo;&eacute;crirai jamais sur autre chose, parce qu&rsquo;un autre endroit, m&ecirc;me si je le visite pendant six mois je ne le conna&icirc;trais pas. Lorsqu&rsquo;on me demande si je vais dans les lieux que je d&eacute;cris dans mes livres, je r&eacute;ponds que non. Les Clues de Barle par exemple, je m&rsquo;y suis rendu enfant au moins 150 fois, pas besoin de prendre des notes, j&rsquo;entends les bruits, les oiseaux, les arbres, le vent, j&rsquo;entends tout ! Le vent n&rsquo;est pas le m&ecirc;me si c&rsquo;est &agrave; Sainte Tulle o&ugrave; &agrave; Barcelonnette. Tout ce que je fais c&rsquo;est inn&eacute;. Le pays et moi on est en osmose totale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>&#8211; Lorsque vous racontez votre parcours, sem&eacute; d&rsquo;emb&ucirc;ches mais aussi de livres exceptionnels, vous dite <\/strong><em><strong>&ldquo;l&rsquo;&eacute;dition est un jeu de hasard et quand on gagne il n&rsquo;y a jamais de quoi pavoiser&rdquo;<\/strong><\/em><strong>&hellip;<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Jamais !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>&#8211; &nbsp;On a l&rsquo;impression que votre modestie prend toujours le pas sur l&rsquo;&eacute;vidence de votre talent ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Je ne suis pas du tout modeste! C&rsquo;est le besoin de dire tr&egrave;s exactement la v&eacute;rit&eacute; sur ce que je pense. Je vois bien, certains auteurs qui sont interview&eacute;s &agrave; la t&eacute;l&eacute;, ils me font doucement marrer, (ironique) ils savent d&egrave;s le d&eacute;part comment ils vont faire et comment tout va s&rsquo;agencer, etc&hellip; moi j&rsquo;en sais rien du tout !&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>&#8211; Vraiment ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Mes livres naissent souvent d&rsquo;une phrase. Par exemple pour la &ldquo;Maison Assassin&eacute;e&rdquo;, la premi&egrave;re phrase qui m&rsquo;est venue &agrave; l&rsquo;esprit c&rsquo;est : &ldquo;Monge &eacute;tait sur le qui-vive&rdquo;. Je ne dirais pas que tout est parti de l&agrave;, mais la tonalit&eacute; &eacute;tait donn&eacute;e. C&rsquo;est la tonalit&eacute; qui compte. C&rsquo;est pour cela que j&rsquo;ai tant de mal avec le livre que je suis en train d&rsquo;&eacute;crire, &ldquo;Chroniques d&rsquo;un ch&acirc;teau Hant&eacute;&rdquo;, il me manque la tonalit&eacute;.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>&#8211; Je ne remets pas en question la spontan&eacute;it&eacute; de votre &eacute;criture, ce que je voulais dire c&rsquo;est que m&ecirc;me lorsque l&rsquo;on ouvre devant vous, toutes grandes, les portes de la reconnaissance, vous choisissez toujours la porte &eacute;troite.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; (Rire) Vous lisez Andr&eacute; Gide ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>&#8211; C&rsquo;est un auteur que j&rsquo;aime lire.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Moi aussi (rire) on est plus beaucoup !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>&#8211; Pour appuyer mon affirmation je vais vous citer la fameuse phrase que vous avez dite sur le plateau d&rsquo;une &eacute;mission litt&eacute;raire :<\/strong><em><strong> &ldquo;Je suis de moyenne intelligence et j&rsquo;&eacute;cris pour des lecteurs d&rsquo;intelligence moyenne&rdquo;<\/strong><\/em><strong>.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Ha ! &Ccedil;a c&rsquo;est absolument &eacute;vident !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>&#8211; On ne peut pas vous suivre sur ce terrain car cela voudrait dire que vous occultez tout le c&ocirc;t&eacute; Litt&eacute;raire de votre &oelig;uvre, vous n&rsquo;&ecirc;tes pas seulement l&rsquo;&eacute;crivain de la montagne de Lure tout de m&ecirc;me ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&nbsp;&#8211; J&rsquo;ai effectivement une intelligence qui n&rsquo;est pas universelle&hellip;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>&#8211; Votre affirmation n&rsquo;est-elle pas un moyen de ne pas rompre le fil qui vous lie &agrave; vos origines et par la m&ecirc;me aux gens de la terre et du labeur. &nbsp;Vous semblez avoir peur que l&rsquo;on vous consid&egrave;re comme un intellectuel ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Ah ! Non ! Je n&rsquo;ai rien d&rsquo;un intellectuel ! J&rsquo;&eacute;cris pour l&rsquo;honn&ecirc;te homme, tel qu&rsquo;il &eacute;tait au VXIII&deg; si&egrave;cle, c&rsquo;est &agrave; dire qui n&rsquo;a pas d&rsquo;id&eacute;es pr&eacute;con&ccedil;ues et qui aime lire parce qu&rsquo;on lui raconte une histoire. M&ecirc;me lorsque j&rsquo;&eacute;cris ma biographie, j&rsquo;ai parfaitement conscience d&rsquo;&eacute;crire une histoire. Ce que l&rsquo;on &eacute;crit sur soi-m&ecirc;me ce n&rsquo;est jamais totalement vrai.&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>&#8211; Justement o&ugrave; r&eacute;side la difficult&eacute; lorsque l&rsquo;on &eacute;crit des histoires o&ugrave; r&eacute;alit&eacute; et fiction se m&ecirc;lent aussi &eacute;troitement ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Si l&rsquo;on a du sens critique, et je n&rsquo;en suis pas d&eacute;pourvu, chaque fois que l&rsquo;on &eacute;crit une ligne les objections viennent en foule. Lorsque j&rsquo;&eacute;cris un livre de trois cent cinquante pages, en r&eacute;alit&eacute; je pense trois mille cinq cent pages ! En litt&eacute;rature, la difficult&eacute;, le travail vrai, c&rsquo;est le travail de retranchement. Il faut &ecirc;tre lisible ! Le talent c&rsquo;est de ne pas &ecirc;tre oblig&eacute; d&rsquo;exprimer en quarante pages ce que l&rsquo;on peut dire en deux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>&#8211; A l&rsquo;image d&rsquo;un Maxence Van Der Meersch pour le Nord, vous faites partie de ces &eacute;crivains qui t&eacute;moignent d&rsquo;un univers, d&rsquo;un peuple. Je pense que sans vous, Giono ou Thyde Monnier entre autres, on aurait perdu la trace de &nbsp;ce monde riche d&rsquo;histoires secr&egrave;tes qui tend &agrave; s&rsquo;effacer, pourtant on vous consid&egrave;re comme un auteur de polar. Alors &ecirc;tes-vous oui ou non un auteur de polar ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; C&rsquo;est l&agrave; o&ugrave; ma sinc&eacute;rit&eacute; est absolue. Mon premier livre, &ldquo;L&rsquo;aube Insolite&rdquo; est paru, j&rsquo;avais 23 ans. Ensuite, pendant des ann&eacute;es et des ann&eacute;es, j&rsquo;ai &eacute;crit des bouquins que les &eacute;diteurs ne voulaient pas, de sorte que j&rsquo;ai d&ucirc; prendre un travail pour gagner ma vie tout en continuant &agrave; &eacute;crire. Les &eacute;diteurs &eacute;taient tr&egrave;s clairs : &ldquo;Vos histoires n&rsquo;int&eacute;ressent personne, aujourd&rsquo;hui la seule chose qui compte c&rsquo;est le nouveau roman. On &eacute;crit plus d&rsquo;histoires&rdquo;. Voil&agrave; ce que me r&eacute;pondaient les &eacute;diteurs, j&rsquo;ai encore les lettres ! Le nouveau roman avait totalement occult&eacute; l&rsquo;id&eacute;e d&rsquo;imagination ! L&rsquo;histoire n&rsquo;avait que peu d&rsquo;importance, ce qui comptait c&rsquo;est ce qui se passait &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur de l&rsquo;&ecirc;tre, ses pens&eacute;es, ses motivations avec &eacute;videmment une connotation psychanalytique. Apr&egrave;s mon licenciement, je devais avoir 54 ans, je me suis dit, il reste une partie de la litt&eacute;rature qui est condamn&eacute;e &agrave; raconter une histoire, c&rsquo;est le roman policier. Voil&agrave; pourquoi j&rsquo;ai commenc&eacute; &agrave; &eacute;crire des romans policiers. Le roman policier est le support qui m&rsquo;a permis de sortir du ghetto.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Dans les enqu&ecirc;te de l&rsquo;inspecteur Laviolette, les motivations des personnages n&rsquo;ont rien d&rsquo;extraordinaire ni de machiav&eacute;liques. C&rsquo;est pour cela que je suis surpris que votre &eacute;diteur parle de vous en disant &nbsp;que vous &ecirc;tes le ma&icirc;tre du roman noir.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&nbsp;Je ne suis pas un ma&icirc;tre du roman noir, pour la bonne raison qu&rsquo;aucun de mes crimes ne peut servir de mod&egrave;le. L&rsquo;assassin qui utiliserait ma mani&egrave;re de tuer se ferait prendre dans les cinq minutes qui suivent.&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>&#8211; Je vais enfoncer quelques portes ouvertes, mais votre Provence c&rsquo;est celle du Grand Troupeau, de Colline, du Moulin de Pologne&hellip; c&rsquo;est plus &ccedil;a votre univers non ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; (Enthousiaste) Mais voyons ! Giono ne connaissait qu&rsquo;un pays et je ne connais que le pays de Giono. J&rsquo;ai mis mes pieds partout o&ugrave; Giono avait mis les siens. Je n&rsquo;ai pas plagi&eacute; Giono, je n&rsquo;avais &agrave; ma disposition que les mat&eacute;riaux qu&rsquo;il avait lui-m&ecirc;me.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>&#8211; On pourrait presque dire que vous vous &ecirc;tes appliqu&eacute; &agrave; ne pas le plagier. Il y dans l&rsquo;&eacute;criture de Giono beaucoup de choses qui sont non dites mais qui vous frappent encore plus que tout ce que l&rsquo;on peut lire. Alors que vous &ecirc;tes vraiment l&agrave; en t&eacute;moignage&hellip;&nbsp;<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; J&rsquo;ai un seul avantage sur Giono, j&rsquo;en ai un quand m&ecirc;me. C&rsquo;est que le peuple des Basses Alpes, je le connais beaucoup mieux qu&rsquo;il ne l&rsquo;a connu. C&rsquo;est ma seule sauvegarde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>&#8211; Parce que lui justement &eacute;tait un intellectuel et qu&rsquo;il avait une vision plus globale ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Ecoutez, Giono a lu &ldquo;Ulysse&rdquo; de Joyce, moi quand il me l&rsquo;a pr&ecirc;t&eacute; j&rsquo;en ai lu trois pages et puis termin&eacute; ! J&rsquo;y comprenais que dalle ! C&rsquo;est pour cela que tout &agrave; l&rsquo;heure je parlais d&rsquo;intelligence moyenne et que je vous disais que je n&rsquo;avais pas une intelligence universelle. Les quatre cinqui&egrave;me de l&rsquo;univers d&rsquo;aujourd&rsquo;hui m&rsquo;&eacute;chappent compl&egrave;tement. Je suis oblig&eacute; de me confiner &agrave; ce que je sais, que j&rsquo;entends et que je vois. Pour ce qui est de la sp&eacute;culation philosophique z&eacute;ro ! J&rsquo;en suis rest&eacute; &agrave; Montaigne vous comprenez : &ldquo;serions-nous assis sur le plus haut tr&ocirc;ne du monde, encore ne serait-ce que sur notre cul! &rdquo;. &nbsp;A partir de l&agrave; vous pouvez sp&eacute;culer tant que vous voulez ! J&rsquo;en reste l&agrave;. Et puis il y a Pascal&hellip; Giono &eacute;tait un grand amateur, il connaissait par c&oelig;ur les &ldquo;Pens&eacute;es&rdquo; de Pascal. Tenez, par exemple en po&eacute;sie, et bien je me suis arr&ecirc;t&eacute; &agrave; Valery et Mallarm&eacute;. Ren&eacute; Char je ne le suis pas, il est trop intelligent pour moi ! Saint-Jones Perse c&rsquo;est pareil ! Tandis que Pr&eacute;vert et Valery eux sont fait pour les vraies intelligences moyennes ! Le Cimeti&egrave;re Marin, quelle merveille !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>&#8211; Sur votre site internet j&rsquo;ai lu vos billets d&rsquo;humeur qui traitent de politique o&ugrave; de tout autre sujet qui vous tient &agrave; c&oelig;ur. Pourtant il y a une constante dans vos livres, c&rsquo;est que vous ne leur donnez jamais un axe engag&eacute; ni politique justement&hellip;<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Jamais ! Et &ccedil;a c&rsquo;est Giono qui me l&rsquo;a appris. C&rsquo;est curieux parce que lui il a fait le contraire ! (rire). Il s&rsquo;en est retir&eacute; dans ses derni&egrave;res &oelig;uvres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>&#8211; Il savait ce que son pacifisme lui avait co&ucirc;t&eacute; ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Non c&rsquo;est qu&rsquo;il y comprenait que dalle ! (rire). Il n&rsquo;avait aucune id&eacute;e de politique g&eacute;n&eacute;rale. C&rsquo;&eacute;tait un po&egrave;te, m&ecirc;me en politique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>&#8211; Donc en litt&eacute;rature il faut &eacute;liminez tout ce qui ne sert pas l&rsquo;histoire ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Giono m&rsquo;a toujours dit :<em> &ldquo;il faut &ecirc;tre intemporel&rdquo;<\/em>. Lorsque je lui ai demand&eacute; si c&rsquo;&eacute;tait difficile d&rsquo;&eacute;crire, il m&rsquo;a r&eacute;pondu :<em> &ldquo;c&rsquo;est incommensurablement plus difficile que tu ne crois&rdquo;<\/em>. C&rsquo;est ce qui a d&eacute;cid&eacute; de ma vocation litt&eacute;raire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>&#8211; Je vous cite :<\/strong><em><strong> &ldquo;Un &eacute;crivain est fait pour cr&eacute;er et pas pour pol&eacute;miquer&rdquo;<\/strong><\/em><strong>. C&rsquo;est votre credo ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Absolument, mais je ne l&rsquo;ai d&eacute;couvert qu&rsquo;en vivant. Au d&eacute;but de ma vie j&rsquo;&eacute;tais pacifiste comme Giono. J&rsquo;&eacute;tais pr&ecirc;t &agrave; me faire tuer pour le pacifisme, ce qui est paradoxal je vous l&rsquo;accorde. J&rsquo;avais une peur terrible que Giono se fasse tuer. A cette &eacute;poque l&rsquo;antimilitarisme &eacute;tait honni par 90% des fran&ccedil;ais. La moiti&eacute; d&rsquo;entre eux s&rsquo;&eacute;taient fait casser la gueule &agrave; la guerre 14\/18, ils esp&eacute;raient qu&rsquo;ils avaient servi &agrave; quelque chose en faisant la guerre&hellip; Quand je vois des r&eacute;unions entre fran&ccedil;ais et allemands j&rsquo;ai les larmes aux yeux. Nous sommes les seuls qui aient r&eacute;ussis &agrave; se r&eacute;concilier apr&egrave;s tant de guerres abominables. C&rsquo;est un exemple ! (tr&egrave;s &eacute;mu)&hellip; Bon, on continu&hellip;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>&#8211; Vous avez travers&eacute; l&rsquo;&acirc;ge d&rsquo;or de la litt&eacute;rature, mais vous &eacute;tiez plus un spectateur attentif qu&rsquo;un acteur malgr&eacute; &lsquo;L&rsquo;Aube insolite&rdquo;&hellip;<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Vous savez, &rdquo;L&rsquo;aube Insolite&rdquo;&hellip;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>&#8211; C&rsquo;est pourtant un livre merveilleux. Lors de sa sortie Robert Kemp le critique le plus c&ocirc;t&eacute; de l&rsquo;&eacute;poque a &eacute;crit : <\/strong><em><strong>&ldquo;Je ne commenterais pas longuement le livre de Pierre Magnan, l&rsquo;Aube Insolite, qui me para&icirc;t dans le domaine du r&eacute;cit po&eacute;tique une mani&egrave;re de chef d&rsquo;&oelig;uvre&ldquo;<\/strong><\/em><strong>. Je l&rsquo;ai lu dans votre biographie.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; La premi&egrave;re chose qui m&rsquo;est venu &agrave; l&rsquo;esprit en lisant &ccedil;a c&rsquo;est : &ldquo;Merde, Giono va le lire &rdquo;.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>&#8211; La peur de surpasser le ma&icirc;tre ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Non ! C&rsquo;est qu&rsquo;&agrave; cette &eacute;poque Giono &eacute;tait &agrave; l&rsquo;&eacute;cart. C&rsquo;est une affaire d&rsquo;homme. C&rsquo;est Aragon qui a voulu l&rsquo;enfoncer. Aragon a jou&eacute; aupr&egrave;s de Giono le r&ocirc;le, mais en m&eacute;chant, que Gide &agrave; jouer aupr&egrave;s de Proust. Gide n&rsquo;a jamais souffert que Proust lui soit sup&eacute;rieur. Pour ce qui est d&rsquo;Aragon, il ne faut pas oublier qu&rsquo;il est d&rsquo;essence bas alpine. Il &eacute;tait le fils du s&eacute;nateur des Basses-Alpes, Andrieux qui, &nbsp;je ne d&eacute;flore pas un secret, a engross&eacute; la fille du sous-pr&eacute;fet d&rsquo;alors et &ccedil;a a donn&eacute; Louis Aragon.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>&#8211; &Ccedil;a a donn&eacute; Louis Aragon ! (rire) on dirait une recette de cuisine !<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Aragon pouvait donc se r&eacute;clamer g&eacute;n&eacute;tiquement des Basses Alpes alors que Giono &eacute;tait d&rsquo;origine italienne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>&#8211; Il avait l&rsquo;impression que Giono lui avait pris la place qui lui &eacute;tait r&eacute;serv&eacute; ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Exactement !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>&#8211; Pour conclure, votre sentiment sur la litt&eacute;rature, sur ces livres &eacute;ph&eacute;m&egrave;res, ces coups m&eacute;diatiques qui finissent pour la plupart au pilon ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Nous finissons tous au pilon h&eacute;las ! De toute fa&ccedil;on les g&eacute;n&eacute;rations qui ont connu Gide, Mauriac, Bernanos ne reviendront pas&hellip; &nbsp;Tenez l&rsquo;autre jour j&rsquo;&eacute;tais dans un lyc&eacute;e et en r&eacute;pondant aux questions des &eacute;l&egrave;ves, je leur ai parl&eacute; de Stendhal. &Ccedil;a a &eacute;t&eacute; le silence de mort.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Ils ne l&rsquo;avaient jamais lu ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Non seulement il ne l&rsquo;avaient jamais lu, mais ils n&rsquo;en avaient jamais entendu parler. Et attention, ce n&rsquo;&eacute;tait pas des sixi&egrave;mes mais des &eacute;l&egrave;ves de premi&egrave;re ! Donc partant de l&agrave;, vous comprenez&hellip; La route de la litt&eacute;rature est devenu tr&egrave;s &eacute;troite, la litt&eacute;rature avance sur des d&eacute;tritus et sur des ruines, vers on ne sait quoi, vers on ne sait o&ugrave;. Va-t-elle de l&rsquo;avant, recule-t-elle ? On n&rsquo;en sait rien. L&rsquo;important c&rsquo;est que les gens s&rsquo;expriment, lisent, &eacute;crivent, mais pour cela il faut un courage du diable. Pour accoucher 300 pages d&rsquo;un bouquin il faut le faire ! Que ce soit un mauvais livre o&ugrave; un bon, le travail est le m&ecirc;me !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>&#8211; Le bonheur par la culture ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Oui. Pour beaucoup, entre le travail et la t&eacute;l&eacute;vision, il y a la culture. Car ce sont trois choses diff&eacute;rentes, le travail, la t&eacute;l&eacute;vision et la culture.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>&#8211; Votre d&eacute;finition du bonheur ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Etre en accord avec soit m&ecirc;me&hellip; C&rsquo;est fini ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>&#8211; Oui.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Et bien tant mieux ! (rire g&eacute;n&eacute;ral).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span><span class=\"apple-style-span\"><em><span style=\"font-size: 6.0pt; font-family: 'Verdana','sans-serif';\"><span>Jean-Claude Di Ruocco<\/span><\/span><\/em><\/span><\/span>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>RENCONTRE AVEC UN MONSTRE SACR&Eacute; ART SUD N&deg; 54 &#8211;&nbsp;3&egrave;me Trimestre 2006 Rencontrer Pierre Magnan c&rsquo;est se confronter &agrave; un homme de la terre, visc&eacute;ralement attach&eacute; &agrave; ses Basses-Alpes, qui aujourd&rsquo;hui, nous parle de ces voix qui se sont tues, celle de Jean Giono bien s&ucirc;r ou d&rsquo;Andr&eacute; Gide, mais aussi de ce peuple humble,&hellip;&nbsp;<a href=\"https:\/\/jeanclaude-diruocco.fr\/?p=98160\" class=\"\" rel=\"bookmark\">Lire la suite &raquo;<span class=\"screen-reader-text\">PIERRE MAGNAN &#8211; Interview<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":10280,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","footnotes":""},"categories":[8],"tags":[],"class_list":["post-98160","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-articles"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/jeanclaude-diruocco.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/98160","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/jeanclaude-diruocco.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/jeanclaude-diruocco.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/jeanclaude-diruocco.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/jeanclaude-diruocco.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=98160"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/jeanclaude-diruocco.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/98160\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/jeanclaude-diruocco.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/10280"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/jeanclaude-diruocco.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=98160"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/jeanclaude-diruocco.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=98160"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/jeanclaude-diruocco.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=98160"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}