{"id":9894,"date":"2004-01-13T00:00:00","date_gmt":"2004-01-12T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/localhost:53809\/?p=9894"},"modified":"2004-01-13T00:00:00","modified_gmt":"2004-01-12T23:00:00","slug":"ahmed-shah-massoud-une-aube-de-plus","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/jeanclaude-diruocco.fr\/?p=9894","title":{"rendered":"AHMED SHAH MASSOUD : Une Aube de plus ?"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong>ARTICLE ECRIT EN HOMMAGE A AHMED SHAH MASSOUD<br \/><\/strong><em>13 Janvier 2004<br \/><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;aube rena&icirc;t au chant d&rsquo;un jour d&rsquo;ocre et de magenta. De ma fen&ecirc;tre, je vois le Chenal de Caronte. Le paysage est tout emperl&eacute; de larmes. Elles dessinent des sillons qui ondulent sur la bu&eacute;e coll&eacute;e aux carreaux. Par un de ces &eacute;tranges sentiments de culpabilit&eacute; qui, fugaces, viennent parfois tracer leurs arabesques dans la conscience d&rsquo;homme, comme moi, vou&eacute; au quotidien d&rsquo;une existence r&eacute;p&eacute;titive, je pense soudain &agrave; Ahmed Shah Massoud.<br \/>Souvent, le regard tourn&eacute; vers les montagnes de son Panshir natal, a-t-il d&ucirc;, le visage illumin&eacute; par son sourire &eacute;nigmatique, mesurer toute la vanit&eacute; du monde occidental, sourd &agrave; ses appels. Peut-&ecirc;tre que cela ne l&rsquo;a pas bless&eacute; si profond&eacute;ment&hellip; Il &eacute;tait bien trop intelligent pour placer toute son esp&eacute;rance en des gouvernements compos&eacute;s d&rsquo;hommes trop soucieux de m&eacute;nager leurs int&eacute;r&ecirc;ts &eacute;lectoraux, au point de devenir les principaux responsables de la &ldquo;tribalisation&rdquo; de notre soci&eacute;t&eacute;. Paradoxalement, c&rsquo;est presque un hommage que lui ont rendu ces derniers en ne tenant pas compte de ses avertissements devant la mont&eacute;e de tous les extr&eacute;mismes. Pour Ahmed Shah Massoud, l&rsquo;amour de sa patrie, de son peuple, de l&rsquo;Art sous toutes ses formes d&rsquo;expressions, l&rsquo;&eacute;ducation et la tol&eacute;rance, devaient, une fois la paix r&eacute;tablie, devenir le pont entre toutes les composantes du peuple Afgan. Il n&rsquo;avait rien en commun avec ces politiques, Marionnettes t&eacute;l&eacute;visuels, &agrave; la solde des multinationales devenues &agrave; jamais les rouleaux compresseurs qui laminent la libert&eacute;.<br \/> Po&egrave;te ultime d&rsquo;un r&ecirc;ve inaccessible, son sacrifice &agrave; jamais marqu&eacute; au fronton, par trop sanglant de l&rsquo;histoire humaine, r&eacute;tablira&nbsp;la balance, esp&eacute;rons-le, lorsque les g&eacute;n&eacute;rations futures auront &agrave; juger ce que nous leur aurons l&eacute;gu&eacute;. Evidemment, au-dessus de lui plane l&rsquo;ombre du h&eacute;ros romantique, l&rsquo;id&eacute;aliste, fid&egrave;le &agrave; jamais au communisme, Ernesto Che Guevara, ic&ocirc;ne sur nos adolescences, pour qui nous aurons toujours les yeux de Chim&egrave;ne&hellip;<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\">Je n&rsquo;ai pas encore rallum&eacute; le feu, j&rsquo;aime le baiser glacial de janvier sur le grand jardin froid. Son haleine, au petit jour, enrobe toute chose d&rsquo;un givre aux allures de sucre glac&eacute; qui couvre le g&acirc;teau craquant de la terre apais&eacute;e. Je passe une main h&eacute;sitante sur la vitre. Le baiser humide contre ma peau r&eacute;v&egrave;le tous ces visages d&rsquo;hommes dont je n&rsquo;ai fait qu&rsquo;effleurer la dimension quasi mythique. Mahatma Ghandi est l&rsquo;un d&rsquo;eux,<span style=\"mso-spacerun: yes;\">&nbsp; <\/span>&ldquo;inventeur&rdquo; de la doctrine de la non-violence, avec sa &ldquo;marche &agrave; la mer&rdquo;<span style=\"mso-spacerun: yes;\">&nbsp; <\/span>premier coup de semonce face &agrave; un empire britannique qui sans le savoir vacillait d&eacute;j&agrave; sur le socle de ses certitudes surann&eacute;es. Son disciple, le pasteur Martin Luther King et son &rdquo;r&ecirc;ve&ldquo;, v&eacute;ritable hymne &agrave; l&rsquo;int&eacute;gration raciale, celui que chacun d&rsquo;entre nous devrait faire sien. Celui que Nelson Mandela au sein du Congr&egrave;s National Africain dans un premier temps, puis en prison, mettra vint sept ans &agrave; concr&eacute;tiser.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\">Sur les &eacute;tag&egrave;res qui m&rsquo;entourent, les livres semblent se serrer plus fortement les uns contre les autres. Le bois &agrave; la patine ternie grince&nbsp;une plainte l&eacute;g&egrave;re de craquements furtifs&nbsp;&agrave; la face du temps immobile. J&rsquo;ai la t&ecirc;te pleine de noms, de visages en noir et blanc imprim&eacute;s &agrave; jamais sur le journal sans fin d&rsquo;une existence transparente&hellip; Frederico, dans Grenade en larmes, dont le sang en gerbe vermeille crache &agrave; jamais son m&eacute;pris &agrave; la face hideuse du fascisme. Jaures, au grand soleil de ce juillet 1914, victime du nationalisme le plus abject, qui paya de sa vie son amour du pacifisme. Chavez, h&eacute;ros truculent, magnifiquement humain, comme un aiguillon plant&eacute; dans le flanc graisseux de l&rsquo;Am&eacute;rique des pr&eacute;dateurs cyniques, carnassiers de la finance qui b&acirc;tissent leurs empires sur un monceau de cadavres.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;arr&ecirc;te la liste, elle est si longue, si magnifique, toute empreinte de courage, de sacrifices, de souffrances&hellip; et puis comment les citer tous, artistes, guerriers, po&egrave;tes, chercheurs, artisans, ouvriers&hellip; la source de leurs noms est intarrissable et elle abreuve &agrave; jamais, tous ceux qui, &eacute;pris de justice et de libert&eacute;, ont choisi de nager &agrave; contre courant du conformisme et de la soumission pour rendre &agrave; l&rsquo;humanit&eacute; toute sa dignit&eacute;.<br \/>Sur les tranches des livres, dans le lacis des craquelures striant les jaquettes &eacute;lim&eacute;es, mes amis de toujours semblent m&rsquo;implorer de me saisir de l&rsquo;un de leurs ouvrages, afin de les ressusciter une fois de plus&hellip; A travers mon regard, rendre &agrave; leurs univers toute sa consistance, &ecirc;tre l&rsquo;interpr&egrave;te consentant de leurs amours, de leurs combats, de leurs d&eacute;sespoirs&hellip; aimer avec eux, lutter avec eux, vaincre avec eux, mourir qui sait&hellip; puis refermer l&rsquo;histoire en toute impunit&eacute; et reprendre le cour de la solitude l&agrave; o&ugrave; je l&rsquo;avais laiss&eacute;.<br \/>Bien-s&ucirc;r, je ne suis qu&rsquo;un passager du quotidien. J&rsquo;ai bien appris, sans jamais vraiment participer &agrave; quelques luttes que ce soit. Je suis, en quelque sorte, un <em>&ldquo;rebelle apprivois&eacute;&rdquo;<\/em>. Tout &agrave; l&rsquo;heure je partirai au <em>&ldquo;chagrin&rdquo;<\/em>, comme nimb&eacute; de qui&eacute;tude, conscient de l&rsquo;h&eacute;ritage faramineux que nous l&egrave;guent ces hommes et ces femmes qui ont r&eacute;sist&eacute; et r&eacute;sistent encore face au cynisme des puissants qui nous m&eacute;prisent.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\">Je suis un homme seul, presque un po&egrave;te&hellip; Hier j&rsquo;ai tout de m&ecirc;me &eacute;teint ma t&eacute;l&eacute; devant ces enfants abrutis de pubs et de paillettes, qui r&ecirc;vent de devenir des stars et ne sont, en fait, que les servants du pouvoir en place pour qui l&rsquo;abrutissement des masses a toujours &eacute;t&eacute; l&rsquo;arme absolue face &agrave; la r&eacute;volte&hellip; Alors, qui sait, peut-&ecirc;tre y a t&rsquo;il encore un espoir pour moi ?<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;ordinateur, symbole d&eacute;risoire d&rsquo;un monde hyst&eacute;rique, me renvoie le reflet d&eacute;form&eacute; de mes vingt ans, dissout au vent l&eacute;ger des semailles oubli&eacute;es, dont les copeaux collent &agrave; jamais &agrave; mes semelles. Le fant&ocirc;me fourbu, dont transparait la silhouette sur l&rsquo;&eacute;cran noir, semble me r&eacute;citer ces vers qu&rsquo;Aragon adressait &agrave; Carco :<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><em>&ldquo;Dis, qu&rsquo;a tu fais des jours enfuis,<\/em><br \/><em>de ta jeunesse et de toi m&ecirc;me,<\/em><br \/><em>de tes mains pleines de po&egrave;mes<\/em><br \/><em>qui tremblaient au bout de la nuit ?&rdquo;<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align: justify;\"><span class=\"Apple-style-span\" style=\"line-height: 12px;\"><em><span class=\"Apple-style-span\" style=\"font-family: Verdana; line-height: normal; font-size: 8px;\">Jean-Claude Di Ruocco<\/span><\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>ARTICLE ECRIT EN HOMMAGE A AHMED SHAH MASSOUD13 Janvier 2004 L&rsquo;aube rena&icirc;t au chant d&rsquo;un jour d&rsquo;ocre et de magenta. 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