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MAL DE PIERRE – Milena Agus

ART SUD – Numéro 57
2eme Trimestre 2007

Dans ce livre l’héroïne c’est la grand-mère (au début elle n’est pas grand-mère bien sûr). Sarde et taciturne, elle rêve de l’amour sans bien savoir de quoi il s’agit. Il y a sa famille qui la croie folle et désespère de la voir se marier. Il y a le prétendant à qui on la ”refile” sans se soucier de son avis. Il y a une galerie de personnages singuliers et attachants. Il y a, c’est le plus important, la narratrice, la petite fille de l’héroïne, qui transforme cette affaire de famille en un voyage un peu surréaliste où le concret se nimbe peu à peu d’interprétations étranges et captivantes.
Rien d’extraordinaire dans ce qui est raconté. Ce qui l’est plus, c’est la façon dont les mots sont utilisés et agencés pour nous conduire au travers de cet intermède où, sous l’emprise de l’imaginaire, tout soudain semble permis, du plus poétique au plus cru. Il faut souligner le talent de Milena Agus qui a su inscrire ce récit sur la trame réaliste d’une Italie en proie à la guerre et plus tard à la crise qui va plonger tant d’Italiens et de Sardes en particuliers, dans la misère. C’est là qu’apparaît la maîtrise de l’auteur, dans ces descriptions sobres et limpides, aussi bien des personnages que de leurs conditions de vies, qui si elles ne sont pas l’essentielles du roman, lui donnent un impact visuel incroyable.
Ce livre nous renvoie à l’interprétation que chacun d’entre nous peut faire des faits et gestes des personnes qui nous sont chères, sans peut-être aller aussi loin que Milena Agus dans leur intimité. Il murmure le chant lancinant des secrets qui, derrière la façade du quotidien, conditionnent à jamais nos existences, comme celle de cette grand-mère dont la narratrice ne nous cache rien… un étrange voyage où la poésie côtoie le voyeurisme (imaginaire bien sur) le plus malsain… c’est là qu’un bémol se fait entendre, car un récit aussi bien écrit, répétons le, peut se passer des descriptions pseudo érotiques qui, sous couvert de se vouloir irrévérencieux, parsèment cette simple et belle histoire.

Jean-Claude Di Ruocco

Traduit de l’Italien par Dominique Vittoz
123 pages – Editopns Liana Levi – 13 euros

 

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