ART SUD N° 56
1er Trimestre 2007
Philippe Bruguière, auteur, compositeur, chanteur et guitariste a derrière lui un long passé de musicien (3 albums à son actif) et figure, au côtés de son complice de toujours, Philippe Beneytout, avec qui il a créé le Studio de la Maison de Production Le Petit Mas, en tant que réalisateur, sur la plupart des principaux opus hip-hop enregistrés dans la région marseillaise.
Aujourd’hui « Bru » réunit au sein du groupe Portobello, une « dream team » composée de Luc Heller à la batterie, Denis Théry aux claviers et Noël Baille à la basse. Ces musiciens chevronnés (ils ont joué, entre autres, avec Mama Béa, Higelin, Sapho, Bashung, Jamasound, Raspigaous, Watcha Clan Dupain…) délivrent, au long des douzes morceaux de l’album Portobello, toute l’étendue de leurs talents et de leur complicité, au travers de plages instrumentales aux accents de jams festifs, de groove et surtout d’un bonheur communicatif.
Il en est de la musique de Portobello comme de ces souvenirs qui ressuscitent, sans fin, ces voix qui se sont tues et qui sont, pour beaucoup d’entre nous, l’indispensable lien qui nous rattache encore à notre enfance. Cette musique inédite et captivante réussit le mix parfait entre modernité et hommage aux grands de l’âge d’or du rock de la fin des années soixante.
Pour mieux comprendre, il faut faire le premier pas vers Portobello Road… Une rue de Londres qu quartier de Nothing Hill, ancien fief jamaïcain où vécurent, entre autres monstres sacrés, Jimmy Hendrix, Bob Marley, The Clash… On découvre alors, derrière des accents stoniens, l’écho lointain de la voix de Robert Jonhson qui nous invite à vendre notre âme aux démons du rock. Cest une longue route qui s’ouvre devant nous, une quête éperdue aux textes doux-amers, histoires de solitude semblables à celle de cet homme qui, de vagabonde en vagabonde, n’étreint que le souvenir diffus de celle qui ne sera jamais plus là pour l’aimer…
Solitude… Jusqu’à la révolte, comme sur le morceau La ballade de Fos, monument revendicatif, sommet culminant de l’aventure au rock somptueux que n’auraient renié ni les Doors, ni Deep Purple, et puis il y a cette voix de femme-enfant derrière celle, rugueuse, de Philippe Bruguière, pour mieux enfoncer le clou de la révolte face au gâchis qu’est devenu l’héritage que nous laisserons aux générations futures.
Abasourdi par tant de grâce, on se laisse emporter jusqu’à la chamade, par ce rock sombre aux accents progressifs où la violence suinte derrière une ambiance de plomb qui nous pousse jusqu’au fond d’une cour. Là nous attend le vieux Léo. Il prête ses mots aux musiciens de Portobello pour nous dire que c’est extra de sentir cette musique qui dépose sur nos âmes une caresse amicale, à peine douloureuse, comme dans Bleu cette chanson qui, malgré son titre, est rouge du labeur et des souffrances de la classe ouvrière…
Voilà, je ressors en plein soleil. Une simple guitare acoustique, la voix de « Bru », usée jusqu’à la trame, sur les étapes abrasives d’une vie de musicien et la boucle est bouclée…
Écouter cet album c’est retrouver un vieil ami, vous savez, celui qui avait toujours un bon vinyle à vous faire découvrir et avec qui vous discutiez sans fin de filles, de bécanes, de musique…
Jean-Claude Di Ruocco
PORTOBELLO – www.portobellolesite.fr