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PAMPA – Pierre Kalfon

ART SUD – Numéro 58
3eme Trimestre 2007

En 1856, après la prise de pouvoir de Napoléon III, Auguste Guinnard quitte la France pour chercher Fortune en Argentine. Loin de se laisser séduire par les perspectives professionnelles et les soirées mondaines de Buenos Ayres, il part explorer la Pampa, « cette plaine infinie, plate comme un billard” où il découvre le Campo, conquit aux indiens que sillonnent les Gauchos, ces cavaliers émérites. Guinnard passe la “frontière” qui sépare le Campo du Tierra adentro, territoire des tributs indigènes. Il est capturé et réduit en esclavage par les Indiens. Il devra accepter les pires humiliations, oublier sa part d’humanité et abroger les tabous de son éducation européenne afin de survivre en s’immergeant dans une culture aux règles impitoyables. Après trois ans, il parvient à fuir et à retrouver la civilisation en laissant derrière lui la jeune Indienne avec qui il a partagé le répis qu’offre l’amour dans les moments les plus tragiques, sans savoir que cette dernière porte dans son ventre le fruit de leur rencontre. L’enfant qui naîtra sera  adopté par un officier et emmené vers la civilisation, connaissant le destin inverse de son père, jusqu’au jour où il se retrouveront. Une fois de plus Pierre Kalfon nous entraîne en Amérique du Sud, mais pouvait-il en être autrement, pour nous parler de l’Argentine du XIXeme siècle, du processus irréversible qui a vu s’affronter deux civilisations aux antipodes l’une de l’autre. Au -delà de l’histoire de ces deux hommes, qui, bien que tirée d’une aventure authentique, reste somme toute “classique”, c’est avant tout le souffle de l’histoire qui ébouriffe ces pages où le bruit et la fureur imbibent chaque mot. D’un côté, les occidentaux qui  se taillent la part du lion et de l’autre les Indiens qui se battent pour garder leurs terres. Un livre magique composé d’une multitude d’aventures et qui porte en son sein une foule de personnages hauts en couleurs. La mise en scène d’un quotidien défunt est ici aussi précise qu’est virulente la revendication identitaire d’un peuple oublié. L’auteur n’a pas magnifié les Indiens et n’a pas présenté les Argentins comme des monstres sanguinaires et cette objectivité n’en donne que plus de force au récit car, comme l’a dit pierre Kalfon au cour d’une interview : “Il y a du barbare chez tous les civilisé et une part de civilisation chez ceux que l’on croit être des barbares”.   

Jean-Claude Di Ruocco

420 pages – Seuil – 19,90 euros

 

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